• Presse

    Qu’est-ce que tu sais d’une fille comme moi ?”. Bande son, voix off, piano et violoncelle. La rencontre entre une mère et une fille a quelque chose d’intemporel et de nostalgique, surtout quand des milliers de kilomètres les séparent et que le téléphone essaie en vain d’effacer les fuseaux horaires. Le drame joue des claquettes et l’amnésie fait son jazz quand la fille revient chez la mère. Malgré les évitements, les tensions entre les deux femmes explorent jusqu’à leurs tréfonds des non-dits dont l’existence commence bien avant la naissance, se multiplie et se télescope jusqu’à rendre l’atmosphère de plus en plus étouffante, même quand le ton se feint léger et pacifié. “La fin d’un rêve est toujours pathétique”, et les malles, posées sur la scène et derrière lesquelles chacune se réfugie, prolongent un crépuscule que les deux femmes voudraient éviter à tout prix mais que finit par mettre à jour un scénario digne du meilleur polar. Jean-Marc Weber, l’auteur de la pièce, propose là un texte ciselé, au ton résolument moderne. En mettant en scène le rapport mère-fille, il lève le rideau sur les questions non résolues qui polluent le présent et hypothèquent le futur. Agnès Croutelle (la mère) et Magali Sivan-Parrini (la fille) entraînent le spectateur dans leur jeu jusqu’à l’épilogue, inattendu.

    “Qu’est-ce que tu sais d’une fille comme moi ?” est un théâtre nouveau qui élargit la scène et interpelle d’un regard plein l’intime de chaque spectateur. C’est un théâtre en rupture salutaire avec le vide contemporain. Et là est toute la force de la pièce.

     

    Patricia Dao

    Journaliste